OGM : l'Autorité européenne de la sécurité alimentaire juge le maïs MON810 sans risqueLe Monde du 30.06.09 a écrit:
Les experts en OGM de l'Autorité européenne de la sécurité alimentaire (EFSA) ont conclu que le maïs 810 est sans risques pour la santé humaine et animale et ne constitue pas une menace pour l'environnement, si des mesures appropriées sont prises pour éviter une contamination des lépidoptères." Cet avis de l'Autorité européenne, rendu public mardi 30 juin, doit permettre à la Commission de Bruxelles de proposer aux Vingt-Sept de renouveler l'autorisation accordée en 1998 pour l'importation et la culture de ce maïs génétiquement modifié de la firme Monsanto.
La décision reviendra toutefois aux Etats membres, qui devront se prononcer par un vote à la majorité qualifiée. Jusqu'à ce jour, cette majorité n'a jamais été trouvée.
Six pays européens – l'Allemagne, la France, la Grèce, l'Autriche, la Hongrie et le Luxembourg – ont suspendu la culture de cette variété de maïs conçue pour résister à un papillon nuisible, la pyrale, en raison des incertitudes entourant ses éventuelles conséquences sur la santé et l'environnement dues de la dissémination.
L'ACTION MONSANTO EN HAUSSE À NEW YORK
Vraisemblablement prise de court, la Commission s'est abstenue de commenter dans le détail la décision de l'EFSA. "Nous allons analyser l'avis, puis nous ferons une recommandation", a déclaré Barbara Helfferich, porte-parole du commissaire à l'environnement, Stavros Dimas, sans préciser quand la Commission serait en mesure de faire cette recommandation.
Le groupe Monsanto avait été informé de la teneur de l'avis de l'EFSA avant sa publication dans l'UE, ce qui lui a permis d'annoncer qu'il lui était favorable, avec pour conséquence des gains à la Bourse de New York.
Greenpeace a prédit mardi "un nouvel affrontement entre la Commission et les Etats membres" et a recommandé de "refuser l'autorisation des semences génétiquement modifiées tant que le processus d'évaluation des risques ne sera pas amélioré". L'organisation écologiste dénonce "la confiance aveugle" de la Commission dans les expertises de l'EFSA, "qui a publiquement dit être incapable de prévoir sur le long terme les conséquences des cultures génétiquement modifiée".
pour mieux comprendre le rôle controversé de l'EFSA, voici un extrait d'un autre article du Monde qui lui est consacré:
Le Monde du 30.06.09 a écrit:
Sur certains dossiers, l'EFSA a fait la preuve de l'indépendance qu'elle revendique. Par exemple en concluant, en 2007, que le colorant alimentaire Rouge 2G (E128), utilisé depuis trente ans dans les saucisses et les hamburgers, pouvait avoir des effets cancérigènes. Son bilan en matière d'OGM laisse en revanche perplexe.
Depuis sa création, l'autorité a reçu des industries agroalimentaires 119 demandes d'autorisation ou de renouvellement d'organismes génétiquement modifiés. Plus de la moitié (69) sont encore à l'étude, tandis que 8 ont été finalement retirées. Elle a donc rendu 42 avis... tous positifs. Qui plus est, adoptés à l'unanimité - le vote se faisant à main levée - des membres du panel OGM présents.
Pour les écologistes, la cause est entendue. En choeur, Greenpeace, les Amis de la Terre et le réseau d'associations France Nature environnement dénoncent "l'incapacité scandaleuse" de l'EFSA, à leurs yeux jouet du lobby industriel. Mieux vaut, fulminent-ils, qu'elle mette la clé sous la porte, en attendant sa "réforme complète".
L'autorité européenne se défend. Tous les avis, fait-elle valoir, ont été émis "après beaucoup de discussions". S'ils sont fondés sur les dossiers fournis par les industriels - l'EFSA n'a pas de moyens de recherche propres -, "ils prennent aussi en compte l'ensemble des articles scientifiques disponibles". Ainsi d'une étude, publiée en novembre 2008 par des chercheurs autrichiens, qui suggérait une altération de la fertilité de souris nourries au maïs transgénique MON 810-NK 603. Le panel OGM s'est saisi de ce travail et a conclu qu'il posait "des problèmes de méthodologie" qui l'invalidaient. Ce qu'a aussi estimé, voilà quelques semaines, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). L'EFSA admet toutefois qu'elle "devrait peut-être, lorsque l'industriel ne fournit pas les informations supplémentaires demandées dans un délai fixé, rendre un avis négatif".
D'où vient, alors, le tropisme pro-OGM des experts européens ? Tous les ans, chacun d'entre eux remplit une déclaration détaillée, attestant qu'il n'existe pas de conflit d'intérêts - financier ou intellectuel - entre sa mission et ses activités professionnelles (recherches payées par des firmes du secteur, travaux de consultant, détention d'actions ou de brevets...). Avant chaque réunion, il signe en outre une déclaration d'intérêts spécifique pour les sujets à l'ordre du jour. Pour avoir tu ses accointances avec un groupe industriel, un expert d'un autre panel, spécialiste de nutrition, a dû, début 2009, démissionner.
Les Amis de la Terre ont contesté la neutralité de plusieurs membres du panel OGM, pour leurs liens, directs ou indirects, avec des entreprises de biotechnologies. A commencer par son président, le Néerlandais Harry Kuiper, coordonnateur, de 2000 à 2003, d'un programme de recherche européen auquel participaient Monsanto, Bayer CropScience et Syngenta. "Il s'agissait d'un programme communautaire public, répond la directrice de l'EFSA. Du reste, s'il fallait disqualifier définitivement tous ceux qui ont travaillé avec l'industrie, on ne trouverait personne. Un bon expert n'ayant jamais collaboré avec le privé, c'est même suspect."
Si les garants de la sécurité alimentaire sont invariablement favorables aux OGM, c'est plutôt qu'ils portent des lunettes sélectives, pense l'écophysiologiste Yvon Le Maho, directeur de recherche au CNRS. C'est lui qui a été chargé, en 2008, de rédiger un rapport scientifique répondant aux critiques de Monsanto contre la clause de sauvegarde activée par la France - en vertu du principe de précaution - pour suspendre la culture du maïs transgénique MON 810.
En octobre 2008, il a été auditionné, avec trois autres chercheurs français - un botaniste, Pierre-Henri Gouyon, un agronome, Denis Bourguet, et un statisticien, Marc Lavielle -, par les experts de l'EFSA. "Nous avons eu le sentiment que leur opinion était faite d'avance, rapporte-t-il. Ils n'étaient que six ou sept présents (le panel OGM compte 21 membres) et le début de la réunion a été très tendu. Nous avons dû menacer de partir pour obtenir la discussion ouverte que souhaitait la Commission de Bruxelles." Le procès-verbal - qui ne leur a pas été soumis - conclut : "Il n'existe pas de preuve de la possible toxicité du maïs MON 810. Les deux parties étaient d'accord sur ce point." Pour la délégation française, il aurait fallu ajouter : "Il n'existe pas de preuve de l'absence de toxicité à long terme du maïs MON 810. Les deux parties étaient également d'accord sur ce point."
Pierre-Henri Gouyon décrypte : "Nous avons affaire à des spécialistes de la biologie moléculaire, qui connaissent bien les problèmes de contamination aiguë, beaucoup moins les effets à long terme sur la santé et l'environnement. Tester des OGM sur des rats pendant 90 jours, même à fortes doses, c'est très insuffisant. Certaines pathologies ont une latence beaucoup plus longue."
Le ministère français de l'écologie fait une analyse similaire. "L'EFSA a été créée pour répondre à des questions sanitaires. Sur les OGM, on lui demande de répondre aussi à des questions environnementales. Est-elle bien armée pour le faire ?" s'interroge-t-on au cabinet de Jean-Louis Borloo.
Et d'expliciter : "Ses experts représentent-ils un spectre de disciplines suffisamment large ? Sont-ils à même de traiter des OGM non pas comme des produits isolés, mais comme des cultures intégrées à un écosystème vivant ? Se préoccupent-ils de la coexistence entre les filières OGM, conventionnelle et bio ? Enfin, les données fournies par les semenciers, qui ne donnent pas aux chercheurs l'accès aux séquences génétiques, assurent-elles une information scientifique équilibrée ?"
A toutes ces questions, la réponse est négative. Fin 2008, les ministres européens de l'environnement ont appelé à "améliorer" le système d'expertise communautaire sur les OGM. En insistant sur "une évaluation détaillée des effets à long terme sur l'environnement". L'une des premières tâches confiées par le ministre d'Etat français, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, Jean-Louis Borloo, au Haut Conseil des biotechnologies mis en place voilà quelques semaines, est de faire des "propositions" de réforme à l'Europe dans ce sens. La maison de verre de Parme doit se préparer à une mutation génétique
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