pour préciser cette histoire d'humus, voici un extrait d'une discussion avec Konrad Schreiber ou il répond aux questions que yann et moi lui posons, il y a un peu plus d'un an:
Konrad Shreiber a écrit:
> La problématique est simple:
> 1) le produit est cuit par la montée en température qui dure
très longtemps (3 à 5 mois)
> 2) toute la partie labile, nutriments pour l'activité bilogique,
est perdue, il n'y a plus d'effet d'aggradation possible
> 3) au sol, ce produit doit être incorporé et se comporte un peu
comme du charbon. Il y a accumulation qui peut devenir problématique
dans certaines conditions (manque d'activité biologique des sols et
sécheresse notamment)
>
> Le compost de DV n'a aucun intérêt en agriculture.
> Il est utilisable en horticulture et en pépinière ou il entre
dans la préparation des substrat.
>
> Il n'a aucun effet en maraîchage contrairement aux idées reçus.
Les maraîchers nantais en apportent des milliers de tonnes tous les
ans sans aucun effet positif sur la structure des sols ni sur la
teneur des sols en matière organique. Parfois même, le produit est
lessivé.
>
> Ce produit n'est utile que s'il entre dans une dynamique de sols
vivants.
Yann a écrit:
> Pourquoi dans ce cas, le taux de MO n'augmenterait pas ?
> L'humus il me semble contient une partie stable, est-ce que le
compost de DV s'apparente à la partie stable de l'humus ?
>
> Si le compost de DV est inerte, comment peut-il être lessivé ? Et
s'il est inerte, où est son utilité dans une dynamique de sols vivants ?
Citation:
> Dans les applications de compost:
>
> 1) les taux de matière organique des sols augmentent, mais ne
confèrent pas au sol des propriétés physiques et chimiques
intéressantes. Physiquement, c'est comme si vous ajoutiez du café avec
du minerais de fer : vous augmentez le volume et la matière organique,
mais vous n'en avez pas les propriétés intéressantes. Ainsi, le taux
de matière organique augmente mais pas sa fonctionnalité, qui même
peut décliner
>
> 2) on obtient de bien meilleurs résultats en apportant des produits
frais. En effet, ils activent l'activité biologique qu'ils
nourrissent. C'est cette activité qui incorpore la matière organique
dans la matrice du sol et qui lui donne toute sa fonctionnalité.
Ainsi, des apports équivalent entre matières organiques fraiches, par
exemple résidus végétaux et compost, n'auront pas les mêmes effets ni
les mêmes propriétés.
>
> 3) l'humus est la partie stable de la matière organique qui est un
terme générique. L'humus stable ne se constitue qu'a partir des
fractions ligneuses de la matière organique. Le modèle Dupuis Hénin de
l'INRA (1945) sur le bilan humique considère que la paille produit
seulement 15 % d'humus stable.
>
> 4) Un compost de déchets verts "s'apparente" à la partie stable de
l'humus. La partie labile a été perdu au détriment de la chaîne
trophique du sol. Seulement, la partie stable de l'humus est celle
présente et incorporée dans la matrice minérale par l'activité
biologique du sol. L'humus est normalement la fraction stable et
structurante à long terme de la matière organique (MO) du sol. Il est
produit par l'assimilation et la dégradation des MO par les êtres
vivants du sol. Il est intimement mélangé à la fraction minérale par 2
phénomènes: digestion des MO dans le tube digestif des vers de terre
et action des champignons. Sans matières organiques facilement
dégradables, l'incorporation de la partie humique stabilisé dans le
compost devient très difficile (il y a moins à manger).
>
> 5) Le lessivage se produit par érosion particulaire dans les 1er cm
du sol. En effet, le produit n'étant pas correctement incorporé ni
intimement mélangé à la matrice minérale, il n'y a pas de structure ni
de cohésion entre les aggrégats. Les sols restent très fragiles et
sont soumis à l'érosion, la battance , etc. Il y a donc "lessivage".
Le produit sera véhiculé par l'eau et viendra colmater toutes les
fissures et partira avec l'érosion.
>
> 6) globalement, si vous recherchez une dynamique de sol vivant,
alors il faut nourrir la vie et non fertiliser le sol. Un compost
végétal très stabilisé n'a aucun intérêt seul pour la dynamique des
sols vivants. Par contre, il peut être apporté en complément aux
résidus végétaux. Ces 2 approches (apports pour sols vivant ou
fertilisation du sol) sont différentes, sans doute complémentaires,
mais on ne sait pas à quel niveau. Il apparaît possible de fertiliser
au "carbone", c'est a dire avec des plantes ayant des C / N élevés
(exemple le BRF). Cela donne les sols les plus fertiles rapidement = 5
ans. Un accompagnement de fertilisant s'avère très payant. Il nous
reste à caler les itinéraires et les quantités.
>
> 7) Les résultats de nos expériences montrent que l'activité
biologique des sols est l'entité de régulation et de recyclage des
éléments minéraux du sol. Il n'y a plus de fuite de nitrates (par
exemple) quand la vie du sol est fortement présente. Les plantes
peuvent aussi théoriquement manquer d'azote (test jubil par exemple)
et faire de meilleurs rendement qu'avec des fertilisations
traditionnelles. Actuellement, nous ne savons pas expliquer ces
phénomènes de régulation. Il apparaît de plus en plus clairement
qu'ils sont sous dépendance de l'activité biologique dans une logique
de transfert tout au long de la chaîne trophique. Il y a sans doute
une mauvaise adéquation entre les apports et les besoins (constat de
réseau associatif).
>
> 8 ) conclusion: nous ne savons pas recycler correctement ce qui
entraîne les principaux problèmes de pollution et de coûts de gestion.
>
appius a écrit:
je crois comprendre que l'humus d'un compost mur ne peut être associé
à l'argile pour former un complexe argilo humique parce qu'il est
délaissé par les micro-organismes qui n'y trouvent rien à digérer.
Dans ce cas, comment expliquer qu'ils traitent l'argile dans lequel il
n'y a pas plus à manger? Autrement dit, s'il ingèrent de l'argile qui
ne les nourrie pas, ne pourraient ils pas ingérer de l'humus existant?
Vous parlez d'humus ou d'argile floculé séparément et qui, du coup, ne
peuvent être associés. Mais, si l'on suit votre démonstration sur les
charges positives ou négatives, comment l'agile, ou la matière
organique dans un composteur, pourraient ils floculer puisqu'il ne
s'agit que de matériaux chargés négativement?
Si le compost de DV n'a aucun intérêt en maraichage, et guère plus en
horticulture, c'est, si j'ai bien compris, parce qu'il a été fait à
part. Peut on en déduire qu'un compostage de surface de ces mêmes
déchets verts serait efficace?
Enfin, si l'on veut apporter du calcium ou du magnésium pour faire le
pont entre argile et humus, peut on le faire sous forme de cendres?
Celles ci en contiennent des quantité importantes, mais s'agit-il de
cations ainsi qu'il faudrait que ce soit?
Citation:
Toutes vos remarques sont bonnes.
C'est la digestion de matière organique fraîche dans le tube digestif des vers de terre qui produit le CAH (Complexe Argilo Humique). Il faut comprendre qu'un vers de terre, s'il n'a que de la terre à manger mourra de faim. Le vers de terre mange avant tout des résidus de cultures qu'il ingère avec de la terre. Il n'a pas de dents, la terre sert à broyer la cellulose pour améliorer la digestion. Les turricules sont un intime mélange entre débris végétaux et terreux mélangés dans le tube digestif.
Le vers peut ingérer l'humus existant. Mais ce n'est pas sa tasse de thé. Il privilégiera toujours de la matière organique cellulosique fraîche et en surface, de préférence non souillée par des déjections animales.
A tout vouloir mélanger dans un composteur, pourquoi pas. Cependant, il est plus simple de laisser la vie biologique du sol se charger du mélange, c'est plus efficace et moins cher. L'art de mélanger donne du travail et n'a d'intérêt que pour certains résidus, ceux dont on gère de petites quantités. Tous les végétaux ont aussi des charges positives et herbergent du Ca++ dans leurs cellules.
Apporter de la cendre est très bon. Cela peut remplacer le chaulage. Il faut savoir qu'un sol vivant nécessite peu de chaux. Il faut préférer des carbonates et produits crus aux produits cuits.
Pour les DV, un broyage et un épandage direct au champ (ou en maraichage) sera beaucoup plus efficace qu'un compost.
La peur des adventices relève de méconnaissances dans les systèmes de gestion. Un apport massif de graines ne se traduit pas forcément par des levées d'adventices. Mais ceci nécessite un peu d'expérience et de connaissances qu'il faut développer à part. En gros, plus j'ai d'humus, plus j'ai les sols couverts avec des pailles, moins je travaille le sol et moins j'ai d'adventices. Ensuite, il faut encore jouer sur les saisonnalités et sur les familles de plantes. On peut réduire de 97 % l'enherbement par les adventices.
Citation:
merci pour votre réponse. Le fait que le lombric se serve de la terre
pour broyer sa nourriture est une clé qui m'avait complètement
échappée. La terre est donc aussi indispensable que la nourriture,
mais pas un humus existant qui ne remplace ni l'un ni l'autre...
Si l'idéal semble le compostage de surface, ne peut-on pas, dans le
cas ou l'on a des volumes trop importants (ou malodorants, contaminés
etc...), trouver un compromis en utilisant le composteur dans un
premier temps pour réduire le volume rapidement (et bénéficier
éventuellement de la stérilisation par la chaleur qu'offre le début du
processus) avant d'épandre le produit bien avant qu'il ne soit mur
afin qu'il soit toujours ingérable par les vers de terres et affiliés?
Bref, une sorte de précompostage un peu comme ça se pratique parfois
avec le BRF (méthode Jacques Hébert)...
Citation:
Bonjour,
Les réponses sont oui.
Bonne réception
Konrad Schreiber
bref, depuis, je ne laisse plus murir autant mes composts, et je les épands sans les enfouir, en les griffant juste.
