Moi aussi moi aussi j'ai un doc!
http://www.agriculture-de-conservation. ... TCS_57.pdfA lire en entier (on y retrouve entre autre l'action des vers de terre sur le riz, cité par Yann auparavant), mais voici un extrait :
"Quand les relations se complexifient encore…
Plus les chercheurs avancent dans la connaissance des relations racines-sol, plus ils se rendent compte que les nématodes sont aussi des acteurs
importants. Par exemple, les plantes ne restent jamais passives face à une attaque de nématodes phytophages sur leurs racines. Elles mettent en place
toute une batterie de défenses dès la détection de l'intrusion. Ainsi, dès qu'un nématode plante son stylet dans ses tissus (le stylet est l'organe permettant
au nématode de pénétrer les tissus de la racine et venir
pomper la sève), la plante émet tout de suite des molécules spécifiques destinées à détruire les enzymes injectées par l'intrus.
L'attaque des nématodes
entraîne également une augmentation de la production d'exsudats racinaires.
Les micro-organismes ne sont pas très mobiles dans le sol. La faune du sol peut alors faire aussi office de transport. Les nématodes, petits vers très mobiles,
jouent un rôle important à ce niveau. Lorsqu'ils ingèrent des bactéries, toutes ne sont pas éliminées par le passage dans le tube digestif de l'invertébré.
30 Ã 60 % d'entre elles sont encore viables et peuvent donc coloniser un autre secteur.
Des champignons peuvent aussi bénéficier de cetransport gratuit en voyageant
sur la cuticule des nématodes. Les racines des légumineuses
sont même capables de « recruter » des nématodes qui
vont transporter vers elles les rhizobium ! Le métro n'a qu'Ã
bien se tenir !
Les relations entre les racines et les larves d'insectes ravageurs
sont toutes aussi complexes. Ainsi, les racines sont capables, par l'émission de
signaux spécifiques, d'attirer l'attention d'organismes prédateurs
ou pathogènes de ses ravageurs. La maxime « L'ennemi
de mon ennemi est mon ami » semble ainsi particulièrement bien fondée…
Ces réactions ont été observées sur des plantes très différentes les unes des autres, signifiant que ce mécanisme est un moyen de défense général
dans le monde végétal. Ainsi, lorsqu'une racine est attaquée par des larves d'insecte, elle émet un composé volatil spécifique, le beta-caryophyllene,
chargé d'attirer les nématodes pathogènes de ces larves (nématode
du genre Heterorhabditis). Ces nématodes forment, par ailleurs, une symbiose avec une bactérie du genre Photorhabdus, laquelle est chargée
de tuer la larve d'insecte et de préserver le corps de celle-ci d'autres intrusions (saprophytes, nématodes bactérivores ou autres insectes). En retour,
la bactérie utilise le nématode hôte pour se répartir plus rapidement et plus facilement ailleurs et pouvoir vivre en dehors de l'insecte. Ainsi, les racines sont capables, à l'instar des feuilles, de sécréter des composés volatiles spécifiques,
reconnus par des organismes pathogènes ou prédateurs de leurs propres agresseurs.
Mais la complexité des interrelations va encore au-delà .
Il a été récemment observé que ces interactions sous la surface du sol affectaient également les relations intervenant au-dessus de la surface. Deux
chercheurs, Rasmann et Turlings(2007) ont ainsi exposé de jeunes plants de maïs soit à des larves de l'insecte Diabrotica virgifera attaquant les racines,
soit à des larves d'un autre insecte (Spodoptera litoralis),
plutôt spécialiste des feuilles, soit aux deux à la fois. Ils ont exposé le maïs et les insectes aux prédateurs respectifs de ces derniers : une micro-guêpe du nom de Cotesia marginiventris et le nématode entomopathogène
H. megidis. Ils ont observé que ces deux prédateurs étaient fortement attirés quand leur insecte respectif avait attaqué la plante mais que cette
attirance était, au contraire, considérablement réduite lorsque les deux « insectes-proie » agressaient simultanément la plante. Ainsi, lorsqu'elle est attaquée, la plante émet des composés volatils qui attirent le prédateur de son agresseur. Mais s'il y a une attaque à la fois au niveau de ses racines et
de ses feuilles, alors l'émission de composés volatils par les
racines est réduite. La microguêpe est capable de percevoir ce changement qui lui indique que la plante est déjà affaiblie par une agression au niveau
de ses racines. La micro-guêpe passe alors son chemin.
Cela a également été démontré lors d'une autre expérience sur des plants de moutarde. Ainsi, l'attaque des racines par la larve de l'insecte Dela radicum affectait le comportement de la guêpe parasitoïde Cotesia glomerata des larves du papillon Pieris brassicae. Les racines exposées aux attaques des larves de D. radicum émettaient de fortes concentrations de composés volatils soufrés,
connus pour leur toxicité sur les insectes, combiné avec de bas niveaux d'autres composés, connus comme attirant les insectes herbivores. Ainsi les femelles de la micro-guêpe recherchent- elles, de préférence, des plantes non attaquées au
niveau de leurs racines. Elles recherchent, naturellement, des plantes performantes pour assurer leur descendance.
D'autres analyses ont montré que les agresseurs de racines induisent toujours de fortes réponses chimiques aussi bien dans les racines que dans les bourgeons alors que les agresseurs de feuilles n'influencent que la partie aérienne.
Ainsi, bien que fixes, les plantes sont loin d'être passives et ne subissent pas autant qu'on pourrait le penser le milieu dans lequel elles se développent.
Au contraire, étant la principale source d'énergie via la photosynthèse, elles pilotent littéralement et conditionnement une grande partie de l'activité biologique du sol (et parfois celle de la surface) afin de se nourrir mais aussi de se protéger des agressions. Ces fonctions seront d'autant mieux remplies et les réponses et réactions d'autant plus rapides que le sol est lui-même un milieu vivant et diversifié."