Bonjour
M'interrogeant brutalement sur l'origine du riz de Camargue
J'ai trouvé la petite et la grande histoire.
Sur le site officiel du syndicat des riziculteurs de France :
Citation:
C’est dans les années 40 que la riziculture française connaît un réel essor. L’interruption du trafic maritime de 1939 à 1945 et la pénurie de denrées alimentaires pendant et après l’occupation, incitent alors les producteurs à donner à la culture du riz la place qu’elle mérite.
Sous l’impulsion d’Edmond Clauzel sont entrepris sur l’aire de production des travaux gigantesques : nivellement des terres, constitution d’un réseau de canaux d’irrigation et de drainage, stations de pompage, silos et usines pour le stockage et la transformation du riz paddy récolté...
Grâce au dynamisme des riziculteurs et des différents centres de recherche et
d’expérimentation, la riziculture représente aujourd’hui en Camargue plus de la moitié de la sole céréalière et constitue un atout économique majeur pour les deux départements du Delta - Bouches du Rhône et Gard.
http://www.rizdecamargue.com/particulier/histoire.phpPuis si on fouille un peu plus:
l'express a écrit:
Un riz au goût amer en Camargue
C'est une histoire aussi incroyable que méconnue. "L'or blanc" a été introduit dans la région pendant la Seconde Guerre Mondiale par des travailleurs indochinois exploités. Une cérémonie de reconnaissance a eu lieu la veille à Arles.
Le riz camarguais, qui s'affiche avec taureaux et flamands roses sur les cartes postales, est désormais célèbre. Son origine l'est beaucoup moins.
Qui sait qu'elle remonte seulement à la Seconde Guerre mondiale? Et, surtout, que sa réussite masque une page enfouie, et peu glorieuse, de l'histoire coloniale?
Le Ba Dang débarque à Marseille le 20 mars 1940. Il a 18 ans. Ce fils de paysans privilégiés est l'un des rares à s'être engagé volontairement pour servir la "mère-patrie".
"L'important, c'était de foutre le camp, car la vie, dans les colonies, était horrible!" se souvient cet homme aujourd'hui âgé de 89 ans.
L'image d'une France rêvée, brillante et prospère, ne tardera pas à s'estomper. Dès son arrivée, il est transféré à ... la prison des Baumettes, à Marseille.
En attendant d'être affectés aux quatre coins de la France, les travailleurs indochinois y sont entassés à six par cellule. Puis vient la défaite, Le Ba Dang est fait prisonnier par les Allemands, puis déplacé à plusieurs reprises.
Envoyé à Arles par Vichy
Légalement, il est censé être rapatrié. Mais la route maritime vers l'Asie est bloquée par les Anglais. Le voilà cloué sur le sol de la métropole, comme 16 000 autres Vietnamiens. Le scandale commence.
Ces "ouvriers non spécialisés" sont alors mis par Vichy à disposition service des entreprises privées de main d'oeuvre par le conflit. Affectés aux travaux les plus pénibles. Pour des salaires dix fois inférieur à celui des ouvriers français.
Le Ba Dang est envoyé à Arles, en Camargue. Avec ses camarades, il a pour mission de réussir à implanter du riz dans la région, après les tentatives infructueuses menées depuis le XIXe siècle.
Ils occupent des cabanes de fortune, sans eau, sans électricité, sans toilettes. Ils sont bientôt 500 à travailler en sabots, les pieds dans l'eau, parmi les nuées d'insectes. "Parfois, les moustiques étaient si nombreux qu'on ne voyait plus rien."
"Plus de 90% d'entre-eux ont été recrutés de force"
Au même moment, leurs compatriotes fabriquent des pneus à Clermont-Ferrand, coupent du bois dans les Cévennes, électrifient la voie de chemin de fer Montauban-Cahors...
"Plus de 90% d'entre-eux ont été recrutés de force", affirme Pierre Daum, journaliste et auteur du premier livre retraçant leur histoire (1).
Entre 1939 et 1940, 20 000 Indochinois -originaires, pour la plupart, de l'actuel Vietnam? auront été acheminés en France à fond de cale.
Pour suppléer, dans les usines d'armement, les Français occupés au front. Malgré la promesse de l'administration d'un retour dès la fin des hostilités, la plupart ne reprendront la mer que 10 à 12 ans plus tard!
Un millier mourront en France, victimes de maladies et de mauvais traitements. Quelques-uns décideront de rester, la plupart après y avoir rencontré leur femme.
Une nouvelle carrière et la gloire
L'histoire extraordinaire de Le Ba dang ne s'arrête pas là . En 1943, il est est transféré "en camp de redressement" à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) après avoir frappé "un jeune supérieur très arrogant".
Il s'en échappe, caché dans une charrette de ravitaillement. Le voilà à Toulouse, où, il s'inscrit aux Beaux-Arts. Il ignore tout de la peinture, mais c'est "la seule école qui voulait bien de [lui]", se souvient-il.
Cinq ans passent. Son diplôme en poche, le ba Dang remporte un concours d'affiches agricoles, gagne Paris et débute une carrière d'artiste plasticien, qui, dès les années 1960, lui assure une renommée internationale.
On s'arrache bientôt ses oeuvres, jusqu'aux Etats-Unis et au Japon. Il consacre une partie de son argent à la reconstruction de son village natal, rasé pendant la guerre du Vietnam.
Enfin célébré!
Aujourd'hui, il dispose d'un musée à son nom à Hué et habite un bel appartement du XIIIe arrondissement de Paris.
En 2009, seule une poignée d'anciens, âgés de 89 à 100 ans, vivent encore. Pierre Daum en a rencontré 11 en France et 14 au Vietnam.
"Il fallait recueillir les témoignages de ces hommes avant qu'ils ne disparaissent", considère l'auteur. Restait, surtout, à célébrer officiellement leur histoire.
C'est chose faite à Arles, le 10 décembre, à l'initiative du maire de la ville, Hervé Schiavetti (PCF), qui recevra d'anciens travailleurs indochinois.
Le baptême d'une rue devrait avoir lieu plus tard, "peut-être à 2010", selon l'édile. Le début d'une reconnaissance de cette histoire oubliée de la conscience collective, et étouffée des mémoires familiales.
Un seul exploitant agricole a confié à Pierre Daum: "C'est vrai, je me souviens très bien que mon grand-père faisait travailler des Asiatiques..."
sourcerue89 a écrit:
20 000 travailleurs forcés d'Indochine oubliés par la France
C'est une première en France : jeudi 10 décembre (2009), le maire d'Arles va rendre hommage aux travailleurs indochinois envoyés pendant la Seconde guerre mondiale en Camargue pour y travailler le sel et le riz. C'est grâce à eux, d'ailleurs, qu'il existe aujourd'hui du riz camarguais - ce que tout le monde ignore. Jeudi, en prononçant son discours en présence des dix derniers acteurs encore vivants de cette épisode historique, Hervé Schiavetti (PCF) deviendra le premier élu de la République à reconnaître officiellement cette page sombre du passé colonial de la France.
La patrie ou la prison
Septembre 1939, la France entre en guerre. Pour le gouvernement de la IIIe République, il est naturel de piocher sans compter dans les réserves humaines des peuples colonisés afin de soutenir la patrie en difficulté. Ordre est donné à l'administration de l'Indochine de recruter dans chaque village un nombre déterminé d'hommes. Quelques volontaires se présentent, mais trop peu.
La règle devient alors la suivante : chaque famille qui compte au moins deux hommes en âge de partir (entre 18 et 45 ans) doit en fournir un à la France, sinon leur père sera envoyé en prison. 20 000 paysans sont ainsi recrutés, puis expédiés en fond de cale vers la métropole afin de servir non pas de soldats, mais d'ouvriers dans les usines d'armement.
Débarqués à Marseille, ces hommes passent leur première nuit sur le sol de la mère patrie… à la prison des Baumettes, qui vient d'être construite. Organisés en 73 compagnies de 250 hommes chacune, ils sont ensuite envoyés à travers l'Hexagone dans des établissements appartenant à la Défense nationale.
Location de main d'œuvre à bas prix
La défaite, en juin 1940, surprend tout le monde. Quelques milliers de ces travailleurs indochinois (appelés aussi ONS, pour « ouvriers non spécialisés ») sont rapatriés. Mais dès l'été 1941, la route maritime vers l'Extrême-Orient est coupée par la flotte britannique. 14 000 ONS indochinois se retrouvent bloqués en France pour toute la durée de la Seconde guerre mondiale, et même au-delà .
Le service de la main-d'œuvre indigène (M.O.I.1), qui gère ces hommes au sein du ministère du Travail, décide alors de louer cette main d'œuvre à des entreprises privées (usines de textiles, industries métallurgiques, scieries, exploitations agricoles…) qui le désirent, ou à des collectivités locales pour des travaux de voiries, d'assèchement de marais, de coupe de bois, etc…
L'employeur passe un contrat avec la M.O.I. et lui verse une somme correspondante au nombre d'ouvriers et de journées travaillées. Le prix est avantageux, puisque exempté de charges sociales. Pendant toutes ces années, la M.O.I. encaisse l'argent sans jamais le redistribuer aux travailleurs indochinois qui, mal nourris, mal logés et souvent mal traités, reçoivent des indemnités journalières équivalentes au dixième du salaire de l'ouvrier français de l'époque.
Un morceau d'histoire qui s'est volatilisé
Cette situation concerne toute la moitié sud de la France. De très grands camps de travailleurs indochinois voient en effet le jour à Marseille, Sorgues (Vaucluse), Agde (Hérault), Toulouse, Bergerac (Dordogne), Bordeaux et Vénissieux (Rhône). La Libération ne change pas grand-chose au système, et ce n'est qu'à partir de 1948 que les premiers rapatriements sont organisés. Les derniers ONS ne revoient leur pays qu'en 1952, après 12 années d'exil forcé. Un millier d'entre eux décident de rester en France.
Et après ? Plus rien. Du jour au lendemain, l'histoire de ces 20 000 hommes s'est volatilisée dans la mémoire des Français. En 1986, une étudiante de Nanterre rédige un mémoire de maîtrise sur ce sujet. Dix ans plus tard, Lê Huu Tho, interprète de la 35e compagnie, publie ses souvenirs sous le titre « Itinéraire d'un petit mandarin » (éditions L'Harmattan).
Moi-même, lorsque j'ai par hasard entendu parler de cette histoire, mon premier objectif a été de retrouver les derniers de ces hommes encore vivants, et de recueillir leur témoignage avant que cette mémoire orale ne disparaisse à jamais. J'ai parcouru la France et suis parti au Vietnam.
Après quatre années de recherche, j'avais recueilli 25 témoignages, 11 en France et 14 au Vietnam, que j'ai complété par de solides recherches archivistiques. Paru en mai dernier aux éditions Actes Sud, mon ouvrage, « Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952) », lève enfin le voile sur cette page sombre de l'histoire coloniale.
Poussé par Lê Huu Tho, j'ai alors suggéré au maire d'Arles d'organiser un hommage à ces hommes. Entre 1941 et 1945, en effet, 1500 d'entre eux ont été envoyés en Camargue, les uns utilisés par Péchiney dans les salines autour de Salin de Giraud, les autres employés dans une vingtaine de mas, avec pour mission d'essayer de faire pousser du riz. Ils y sont parvenus, au-delà de toute espérance. Et ont apporté à cette région une fortune et une culture dont les Arlésiens profitent encore aujourd'hui.
sourceMe coucherai moins bête ce soir.