je voudrais profiter de la crainte qu'exprime ici Cathie pour faire rebondir le sujet et essayer de faire le point:
Cathie a écrit:
Pour moi le problème, c'est l'évacuation des déchets.
Ne pensez pas vous en servir au jardin.
Et justement si !!! Ne pensez qu'à ça ! :lol:
C'est là que réside toute l'intérêt et la nouveauté du procédé.
L'idée, c'est pas seulement de faire ses besoin sans utiliser d'eau, mais en même temps, de recycler nos déjections, de les remettre dans le circuit biologique qu'elles n'auraient jamais dû quitter, à savoir leur retour au sol par dégradation de la matière organique.
Cette idée de valoriser les déjections est ce qui distingue les toilettes sèches d'aujourd'hui de la cabane au fond du jardin de nos ancêtres dont parlait Marcus, la latrine à fosse jamais vidée, ou s'entassent des déjections sans litières, dans lesquelles
Citation:
La macération prolongée des matières fécales dans l’urine, qui plus est sans litière, engendre des effluves puissants, qui rendent pénible l’usage et la vidange des toilettes et peuvent constituer une gêne pour le voisinage. La consistance liquide du déchet empêche de le faire composter en tas, ce qui oblige à l’épandre tel quel, avec la nuisance olfactive qu’on subodore et les risques de ruissellement. Ce système ne mérite donc pas le nom de toilette à compost, mais il faut lui reconnaître de respecter la rivière et de recycler le déchet.
Contrairement aux apparences, les toilettes sèches sont une réponse au problème d'hygiène que soulève Cathie:
Cathie a écrit:
J'ai souvenir d'une chose à la sortie de la visite de l'usine d'Achères (traitement des eaux usées). On utilise certaines "galettes" dans des champs qui appartiennent à l'usine pour faire pousser des légumes. Ces légumes sont exclusivement stérilisés. On nous a dit de ne pas plaisanter avec ce genre de chose.
Depuis ce jour, je ne bois plus l'eau du robinet, mais c'est un autre sujet
.
et bien non, justement, ce n'est pas un autre sujet. Cette eau dont tu as bien raison de te méfier est au coeur du problème :
Citation:
pour tous les microbes, l’eau est le vecteur idéal, à la fois disséminant et contaminant (par la boisson, la cuisine, la toilette, la baignade...).C’est également un très bon milieu de conservation pour eux : la température y est plutôt basse, l’oxygène rare, les bactéries qui seraient capables de s’attaquer à eux manquent de supports physiques pour fonctionner. Les stations d’épuration classiques n’éliminent pas ces germes, elles ne font qu’en réduire plus ou moins le nombre.
L’eau potable des réseaux d’adduction n’est pas fiable, les procédés de traitement ne sont pas efficaces à 100%, les normes de contamination sont assez fréquemment dépassées et, normes respectées ou pas, cette eau est reconnue comme la cause de multiples contaminations. Quand à l’arrosage des cultures légumières, pour l’heure la surveillance est quasi nulle, et le traitement systématique de l’eau d’irrigation économiquement inenvisageable.
Citation:
Les stations d’épuration étant incapables d’éliminer les germes pathogènes, le tout-à-l’égout est une pratique profondément anti-hygiénique, d’autant plus que les procédés courants de traitement de l’eau potable ne sont ni efficaces à 100%, ni sans risques pour la santé. Cette eau est ensuite utilisée pour les arrosages sur les légumes que les supermarchés nous vendent. L’épandage des boues des stations d’épuration non compostées est également autorisé en agriculture, bien que chargées en composés organo-volatils, en métaux lourds, et même en substances radioactives. Quant à l’incinération, elle élimine à coup sûr les germes mais fabrique des dioxines et des gaz à effets de serre.
outre le point de vue sanitaire, l'évacuation par les rivières jusqu'aux océans de nos déjections pose un problème environnemental:
Citation:
La quantité croissante de ces eaux usées excède la capacité naturelle d'absorption du milieu naturel, contaminant les sources souterraines, les rivières, les océans créant ainsi une pollution toxique qui cause une eutrophisation importante des écosystèmes (accumulation de nutriments entraînant une croissance accélérée de la végétation jusqu'à l'étouffement du milieu ambiant), engendrant de graves problèmes écologiques.
Aujourd'hui, outres les nombreux problèmes de santé publique, nous savons que les eaux résiduelles non traitées, représentent une des causes principales de la mort des mangroves, du déclin rapide des récifs coralliens, de l'épuisement d'oxygène, de la mortalité des poissons, et de la dégradation écologique générale des rivières et des lacs - avec l'augmentation préoccupante de la contamination des nappes phréatiques souterraines déjà limitées, menaçant ainsi les sources d'eau potable dont nous disposons à ce jour.
pour compléter, il faut rappeler que 97% de l’azote et 50 à 80% de phosphore contenus dans les eaux usées domestiques qui, sous forment de phosphates et de nitrates, euthrophisent nos rivières et nos littoraux, viennent de nos W-C !! Ajoutez à cela que l'humanité n'a adopté l'utilisation des WC à chasse d'eau il y a très peu de temps (comparé à la durée de son existence) et qu'elle n'est pas encore généralisée, essayez d'imaginer l'étendue des dégats dans un siècle, si 15 milliard d'individus font leurs besoins dans les rivières...
Bref, que faire de nos déjections si on ne les jette pas à l'eau et qu'on ne les épand pas fraiches à même le sol du jardin... ?
mmh??
On les composte bien sûr !!
Il y a 3 ans, on avait déjà parlé ici du compostage d'un point de vue hygiènique et j'avais traduit
icitout un passage d'une étude décrivant ses étapes et leur effets en terme de stérilisation et concluant que, sous réserve de respecter certaines précaution et une durée minimum d'un an, on pouvait obtenir un compost "très sûr".
D'un point de vue technique, ce compostage n'a rien de différent que celui d'un fumier de cheval. La clé de la destruction des germes, et de la réussite de la dégradation, c'est d'éviter les condition anaérobies. Autrement dit : aération et équilibre azote/carbone par l'apport de pailles ou sciures...
Evidemment, j'ai beau être convaincu de tout ça, je n'ai pas le courage d'aller frapper aux portes de notre petite copropriété pour leur dire que dorénavant, il faudra qu'ils sortent leur petit sceau tout les matins...
Sources :
http://www.wastewatergardens.com/1fr_presentation.html
http://www.amisdelaterre.org/Les-Toilettes-seches.html
http://www.eap.mcgill.ca/SFMC_1.htm
http://www.toiletteacompost.org/article ... article=32 (le meilleur texte je trouve, très complet, très bien écrit. un très beau plaidoyer dans lequel j'ai bien pioché ici)