Alain REDON a écrit:
Bonjour ,
En partant du fait que les nutriments ( naturels) necessaires aux plantes sont apportés par la transformation des matières organiques par les invertébrés et micro-organisme de la rhyzosphère ( les 15 premiers cm du sol) , on peut en déduire que les matières organiques qu'on apporterait plus en profondeur se trouveraient dans un milieu stérile et anaéobie ( privé d'oxygène) .
je crois que la déduction est fausse.
on ne tombe pas du tout sur un milieu anaérobie à partir de 15 cm, en tout cas pas dans un sol naturel ou bien portant.
Dans une forêt de feuillus normale, par exemple, on mesure 80% de vide à la surface de la terre. Cette proportion diminue lorsqu'on s'enfonce, mais elle est encore de 60 % dans les zones les plus profondes ou finissent les racines des arbres. On trouve là une faune endogée importante, qui se nourri des racines mortes et des desquamations des vivantes. C'est elle qui assure cette porosité et permet la respiration des racines. Dans ces sols forestiers, la capacité d'absorption des eaux est de 150 mm par heure! (et 300 mm dans les forêts tropicales)
Cela dit, il est vrai que dans le cas de sols abimés, tels que les limons labourés qui deviennent battants, la porosité diminue au point que la capacité d'absorption d'eau tombe à 1 mm! (ce qui explique, pour partie, le fait qu'on arrive à avoir de nos jours des inondations records dans une période qui est pourtant l'une des plus sèche de l'histoire!)
(source : C Bourguignon. Le sol, la terre et les champs. pp. 57-67)La rhizosphère, ça désigne, comme son nom l'indique, la zone colonisée par les racines d'une plante. Ca ne se limite donc pas forcément à 15 cm...
Donc, si tu mets une poignée d'ortie à proximité des racines d'une plante, elle sera dégradée par cette faune qui accompagne ses racines quand elles l'atteindront, si ce n'est par la faune préexistante. (d'ou l'interêt de chercher à entretenir cette faune en la nourrissant en permanence, en particulier d'intercaler des cultures d'engrais verts au lieu de laisser la place vide après une récolte, ou juste de laisser se décomposer en place certains légumes au lieu de les arracher...)
Pour ce qui est de la question de nourrir les plante par au dessus ou par en dessous, je vous rappelle que la nature fait les deux: elle dégrade ce qui tombe et meurt à la surface, mais aussi tout ce qui meurt en profondeur, c'est à dire les racines dont on parlait, mais aussi les animaux qui y vivent et meurent.
Enfin, l'azote que les plantes assimilent est sous forme nitrique ou ammoniacale. C'est à dire soluble et facilement transporté par les eaux. Même si vous le mettez à la surface, il n'y reste pas longtemps.
la nature et la science ne s'opposent pas tant que ça...
S'agissant de la quantité d'azote à apporter, j'en sais rien.
je me méfie de ces calculs rigides qui oublient un paramètre très important : la capacité très variable d'un sol à retenir les éléments nutritifs. L'azote nitrique est le plus lixiviable, et selon la nature du sol (quantité d'argile, d'humus en particulier), la densité de ce qui y pousse et de ce qui y vit pour intercepter et remonter ces éléments nutritifs, des calculs précis me semblent à peu près impossibles
M'enfin, pour les amateurs de ces calculs, voici la composition du purin d'ortie (pas l'ortie elle-même):
Composition: (en ppm: partie par million)
Azote total:595
Potassium: 630
Azote nitrique:5
Calcium: 730
Azote ammoniacal: 240
Magnésium: 80
Azote organique:350
Sulfate: 50
Phosphate: 20
Fer: 2,5
Je ne sais pas vous, mais moi, ces chiffres ne me parlent pas beaucoup.
par exemple, les 2,5 ppm de fer, si ridicules par rapport aux autres chiffres, sont parait-il exceptionnels!
Le taux d'azote est plutot elevé, et le phosphore, assez faible...
par rapport à quoi? à d'autres purin de plantes?
( source : B. Bertrand, Les secrets de l'ortie, p.65)et c'est quoi des ppm exactement, par rapport aux autres unités de mesure? comment convertir ça dans quelque chose qui recoupe les chiffres donné par Aigues et Alain?